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thème: la Tristesse

Citation:


"La tristesse vient de la solitude du coeur."

Montesquieu

Tristesses de la lune




"Orphée"
Œuvre de 1865 du peintre
Gustave Moreau
(1826-1898)








Extrait de l’oeuvre du poète Charles Baudelaire
Tristesses de la lune” - LXXVième Poème des Fleurs du Mal (1868)

Ce soir, la Lune rêve avec plus de paresse ;
Ainsi qu’une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui, d’une main distraite et légère, caresse
Avant de s’endormir le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l’azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poëte pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d’opale,
Et la met dans son cœur loin des yeux du Soleil.


Sadness of death


Extract of the Letter to the Elderly from Pope John Paul II (1999)

To my elderly brothers and sisters!


Human history, from the most ancient times down to our own day, has provided a number of simplistic answers which limit life to what we experience on earth. In the Old Testament itself, certain passages in the Book of Ecclesiastes seem to present old age as a building in ruins and death as it’s final and utter destruction. But precisely against the backdrop of these pessimistic attitudes there shines forth the hope-filled outlook present in revelation as a whole and particularly in the Gospel: “God is not God of the dead, but of the living”. The Apostle Paul affirms that God, who gives life to the dead, will also give life to our mortal bodies. And Jesus says of himself: “I am the resurrection and the life; he who believes in me, though he die, yet shall he live, and whoever lives and believes in me shall never die”.
Christ, having crossed the threshold of death, has revealed the life which lies beyond this frontier, in that uncharted “territory” which is eternity. He is the first witness of eternal life; in him human hope is shown to be filled with immortality. “The sadness of death gives way to the bright promise of immortality”. These words, which the Church's Liturgy offers as a consolation to believers as they bid farewell to their loved ones, are followed by a proclamation of hope: “Lord, for your faithful people life is changed, not ended. When the body of our earthly dwelling lies in death we gain an everlasting dwelling place in heaven”.



Essai de traduction de l’extrait de la lettre du Pape Jean Paul II aux personnes âgées



L'histoire de l'humanité, depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours, a fourni un certain nombre de réponses simplistes qui limitent la vie à notre expérience sur la terre. Dans l'Ancien Testament lui-même, certains passages dans le livre de l'Ecclésiaste présentent la vieillesse comme un édifice en ruine et la mort comme sa destruction totale et définitive. Mais c'est précisément dans le contexte de ces comportements pessimistes que resplendit le plein d’espoir des perspectives présentes dans la révélation dans son ensemble et en particulier dans l'Evangile: "Dieu n'est pas Dieu des morts, mais des vivants". L'Apôtre Paul affirme que Dieu, qui donne la vie aux morts, donnera aussi la vie à nos corps mortels. Et Jésus affirme de lui-même: "Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi, même s'il meurt, il doit encore vivre, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais".
Le Christ, ayant franchi le seuil de la mort, a révélé la vie qui se situe au-delà de cette frontière, dans cet inconnu "territoire", qui est l'éternité. Il est le premier témoin de la vie éternelle, en lui l'espérance humaine est affiché à pourvoir à l'immortalité. "La tristesse de la mort cède le pas à la lumineuse promesse de l'immortalité". Ces paroles, que la liturgie de l'Eglise propose comme une consolation pour les croyants pour les adieux à leurs proches, sont suivis par une proclamation d'espérance: "Seigneur, pour votre peuple fidèle, la vie est changé mais pas terminé. Lorsque le corps de notre habitation terrestre résidera dans la mort, nous gagnerons une demeure éternelle dans les cieux ".

La tristesse du roi




"La tristesse du roi"
Œuvre de 1952 du peintre et sculpteur
Henri Matisse
(1869-1954)




Texte extrait de l'oeuvre "Spinoza" d’Alain (Émile Chartier)
(1946)
Paris, Editions Gallimard (1949), Collection idées.

Chapitre IV : De l’esclavage de l'homme


(…). La tristesse est le passage à une moindre perfection. La même chose, que j'appelle passage à une moindre perfection, si je considère la puissance d'agir d'un être, je l'appelle tristesse, si je considère la capacité qu'il a d'être heureux ou malheureux. Il ne faut donc pas dire que la tristesse peut être bonne, et qu'elle peut nous rendre plus parfaits. Cela ne peut avoir de sens que dans la cité d'esclaves (…), où les citoyens sont bons et honnêtes dans la mesure où ils ont peur du châtiment. Comme la société serait détruite si les hommes n'éprouvaient la crainte ; la crainte, qui est ainsi la condition de l'existence de la cité, peut être dite bonne en ce sens. Et comme la crainte est une tristesse, en ce sens aussi, la tristesse peut être dite bonne. Et c'est aussi pour cela que les superstitions ou fausses religions, qui ne cherchent point à rendre réellement les hommes meilleurs, mais seulement à contenir leurs passions dans l'intérêt commun, font, de la crainte et de la tristesse, des vertus, comme aussi elles font, de la sécurité et de la joie, des vices, et imaginent un Dieu cruel et jaloux qui se réjouit des larmes et de la terreur des hommes, et qui s'irrite de leurs joies. Sans doute, tant que les hommes ne sont pas conduits par la Raison, il est bon qu'ils soient conduits par la crainte, afin qu'ils fassent à leurs semblables le moins de mal possible. Mais il ne faut pas être dupe de toutes ces conventions utiles, et croire que les hommes valent réellement mieux lorsque, par crainte du châtiment, ils ne cèdent plus à la haine ou à l'envie : ils ont changé d'esclavage, voilà tout.