"La liberté c'est toute l'existence. Mais les humains ont créé les prisons, les règlements, les lois, les convenances et les travaux, les bureaux, les maisons."
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"La liberté c'est toute l'existence. Mais les humains ont créé les prisons, les règlements, les lois, les convenances et les travaux, les bureaux, les maisons."
Les entraves de la liberté

"Elevation of the self"
Oeuvre du poète et peintre
Khalil Gibran
(1881-1931)
Texte extrait de l’œuvre de Khalil Gibran, « Le Prophète » (1923)
Traduit de l’anglais par Camille Aboussouan, Editions du Seuil 1992.
Et il répondit :
Aux portes de la cité, et dans vos foyers, je vous ai vus vous prosterner et adorer votre propre liberté, Comme des esclaves qui s'humilient devant un tyran et qui le glorifient alors qu'il les détruit. Oui, dans le bocage du temple et dans l'ombre de la citadelle, j'ai vu les plus libres d'entre vous porter leur liberté comme un joug et des menottes. Et mon cœur saigna en moi; car vous ne saurez être libres que lorsque même le désir de parvenir à la liberté deviendra pour vous un harnais et lorsque vous cesserez de parler de la liberté comme d'un but et d'un achèvement. Vous serez libres en vérité non pas lorsque vos jours seront sans un souci et vos nuits sans un désir et sans une peine, Mais plutôt lorsque ces choses enserreront votre vie et que vous vous élèverez au-dessus d'elles nus et sans entraves. Et comment vous élèverez-vous au-dessus de vos jours et de vos nuits, si vous ne brisez les chaînes dont à l'aube de votre entendement vous avez chargé votre heure du midi? En vérité ce que vous appelez liberté est la plus forte de ces chaînes, bien que ses anneaux brillent au soleil et vous éblouissent. Et qu'est-ce sinon des fragments de vous-mêmes que vous voulez écarter pour devenir libres? Si c'est une injuste loi que vous voulez abolir, cette loi fut écrite de votre propre main sur votre propre front. Vous ne pourrez pas l'effacer en brûlant vos livres de lois ni en lavant les fronts de vos juges, même si vous déversiez sur eux la mer entière. Et si c'est un despote que vous voulez détrôner, voyez d'abord si son trône en vous est bien détruit. Car comment un tyran peut-il dominer les libres et les fiers, s'il n'existe une tyrannie dans leur propre liberté et une honte en leur propre fierté? Et si c'est une inquiétude que vous voulez chasser, cette inquiétude a été choisie par vous bien plus qu'elle ne vous a été imposée. Et si c'est une peur que vous voulez dissiper, le siège de cette peur est en votre cœur et non dans la main que vous redoutez.
En vérité, toutes choses se meuvent en votre être intime dans une constante semi-étreinte, celles que vous désirez et celles que vous redoutez, celles qui vous répugnent et celles que vous chérissez, celles que vous poursuivez et celles que vous voulez fuir. Ces choses se meuvent en vous comme des lumières et des ombres par couples étroitement unis. Et quand l'ombre s'affaiblit et disparaît, la lumière qui s'attarde devient l'ombre d'une autre lumière. Et ainsi votre liberté, lorsqu'elle perd ses entraves, devient elle-même l'entrave d'une plus grande liberté.
Libertés Individuelles

Extrait du livre de John Stuart Mill, « De la liberté » (1859)
Traduit de l’anglais par Laurence Lenglet à partir de la traduction de Dupond White (1860), Gallimard, 1990.
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Voilà donc la région propre de la liberté humaine. Elle comprend d'abord le domaine intime de la conscience qui nécessité la liberté de conscience au sens le plus large : liberté de penser et de sentir, liberté absolue d'opinions et de sentiments sur tous les sujets, pratiques ou spéculatifs, scientifiques, moraux ou théologiques. La liberté d'exprimer et de publier des opinions peut sembler soumise à un principe différent, puisqu'elle appartient à cette partie de conduite de l'individu qui concerne autrui ; mais comme elle est presque aussi importante que la liberté de penser elle-même, et qu'elle repose dans une large mesure sur les mêmes raisons, ces deux libertés sont pratiquement indissociables, C'est par ailleurs un principe qui requiert la liberté des goûts et des occupations, la liberté de tracer le plan de notre vie suivant notre caractère, d'agir à notre guise et risquer toutes les conséquences qui en résulteront, et cela sans en être empêché par nos semblables tant que nous ne leur nuisons pas, même s'ils trouvaient notre conduite insensée, perverse ou mauvaise. En dernier lieu, c'est de cette liberté propre à chaque individu que résulte, dans les mêmes limites, la liberté d'association entre individus : la liberté de s'unir dans n'importe quel but, à condition qu'il soit inoffensif pour autrui, que les associés soient majeurs et qu'il n'y ait eu dans leur enrôlement ni contrainte ni tromperie.
Une société quelle que soit la forme de son gouvernement n'est pas libre, à moins de respecter globalement ces libertés ; et aucune n'est complètement libre si elles n'y sont pas absolues et sans réserves. La seule liberté digne de ce nom est de travailler à notre propre avancement à notre gré, aussi longtemps que nous ne cherchons pas à priver les autres du leur ou à entraver leurs efforts pour l'obtenir. Chacun est le gardien naturel de sa propre santé aussi bien physique que mentale et spirituelle. L'humanité gagnera davantage à laisser chaque homme vivre comme bon lui semble qu'à le contraindre à vivre comme bon semble aux autres.
Running man

Extrait du roman de Stephen King, « Running man » (1982)
Traduit de l’anglais par Frank Straschitz, Editions Albin Michel,
Le livre de poche 2005
Compte à rebours ... 068
Lentement, méthodiquement, se reposant toutes les minutes, il avança (ou plutôt, recula) d'une cinquantaine de mètres dans l'étroit boyau, aussi aveugle qu'une taupe. Sa pénible reptation fut soudain interrompue par un fracas assourdissant, accompagné d'un éclair jaune et suivi d'un souffle d'air chaud et puant qui s'engouffra en grondant dans le conduit. Le réservoir de fioul avait explosé.
Le visage couvert de sueur, Richards redoubla d'efforts. Il n'avait aucune envie d'étouffer ou de frire ici - au choix. Conduisant la chaleur comme la queue d'une poêle, les parois du tuyau devenaient de plus en plus chaudes. L'air épais avait une écœurante odeur de pétrole.
S'aidant des coudes et des genoux, il continua à avancer comme un crabe, sans même savoir ce qu'il y avait derrière lui. Il commençait à avoir mal à la tête, et sentait comme des coups de poignard dans les yeux. Poussé par l'énergie du désespoir, il ne s'accordait pas un instant de répit.
Soudain, ses pieds se retrouvèrent dans le vide.
Il essaya de regarder par-dessus son épaule, mais il faisait trop sombre pour y voir quoi que ce soit. De toute façon, il n'avait pas le choix.
Il avança encore un peu, puis plia les genoux et étouffa un cri de surprise lorsque ses pieds s'enfoncèrent dans une eau qui lui parut glaciale après la chaleur du tuyau.
Le nouveau conduit était beaucoup plus large.
Richards pouvait presque s'y tenir debout. L'eau épaisse et puante coulait paresseusement; elle n'arrivait pas plus haut que ses chevilles. Il regarda dans le tuyau d'où il venait. Même d'ici, on distinguait une lueur orangée: l'incendie devait être gigantesque.
Il fit un rapide bilan de la situation et parvint à regrets à la conclusion que les autres continueraient à agir comme s'il n'avait pas brûlé vif dans le sous-sol. Il était toutefois probable qu'ils ne découvriraient pas l'itinéraire qu'il avait suivi tant que l'incendie ne serait pas maîtrisé. Probable, mais pas certain. Après tout, ils avaient bien retrouvé sa trace à Boston.
Peut-être pas. Après tout, qu'as-tu réellement vu?
Oh si! c'étaient eux. Les Chasseurs. Leur aura maléfique ne trompait pas. Il l'avait nettement perçue, de la fenêtre du cinquième étage.
Un rat passa en nageant.
Richards le suivit, dans la direction où l'eau s'écoulait.
