Contagion émotionnelle






"Skrik (Le Cri)"
Oeuvre de 1893 de l'expressioniste
Edvard Munch
(1863–1944)







Extrait d’une publication du Dr Julie Grezes Chargée de Recherche (CR1) à l’INSERM, au Laboratoire de Physiologie de la Perception et de l'Action, dans l’équipe de recherche Mémoire spatiale et contrôle du mouvement.


Titre: Contagion motrice et émotionnelle

Livre: "L'autisme, De la recherche à la pratique" (2005)
Editions Odile Jacob, Paris.


Un ensemble d’études a mis en évidence que la perception d’une expression émotionnelle déclenche chez l’observateur l’imitation automatique de cette expression. Wallbott (1991) a, par exemple, demandé à des sujets de juger les émotions faciales de visages photographiés, tout en les filmant à leur insu. Quelques semaines plus tard, il a présenté à ces mêmes sujets les enregistrements vidéo réalisés et leur a demandé de juger quelle était l’émotion qu’ils étaient en train d’évaluer dans la première session. Les sujets étaient capables d’identifier l’émotion jugée dans la première session à partir de leurs propres expressions faciales. Dimberg (1982) a déjà montré, en utilisant l’électromyographie (EMG), que lorsque les sujets sont exposés à des expressions faciales de joie ou de colère, des réactions musculaires faciales spontanées, et distinctes en fonction de l’émotion évaluée, sont enregistrées au niveau du visage de l’observateur. Ce mimétisme est également observé lorsque le sujet ne perçoit pas consciemment le visage (Dimberg et al., 2000).

D’autre part, il est possible de mettre en évidence des différences interindividuelles en EMG en réponse à la perception d’expression faciale émotionnelle, en fonction des traits de personnalité des sujets (Sonnby-Borgstrom et al.,2002). En séparant des sujets en deux groupes en fonction de leurs scores à un questionnaire d’empathie, Sonnby-Borgstrom et al. (2002) détectent des réactions musculaires plus importantes pour les sujets présentant des scores élevés en empathie par rapport à l’autre groupe. La perception d’une expression émotionnelle provoque donc chez l’observateur l’activation des représentations motrices correspondant à la génération de cette expression.

Cette résonance motrice est-elle accompagnée d’une contagion émotionnelle ? Les données récentes en neuroimagerie montrent qu’au cours de la perception d’expressions faciales émotionnelles présentées sous forme de films vidéo, des variations de débit sanguin cérébral sont détectées au sein des régions sous-tendant l’exécution de ces expressions faciales, en particulier le cortex prémoteur, et aussi au sein des régions cérébrales impliquées dans le traitement des émotions (par exemple l’amygdale) (Carr et al.,2003, Decety et Chaminade, 2003, Sato et al., 2004 ; Wild et al., 2003).



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